Comment bien choisir un livre pour son enfant ?

Auteur :

Blandine de Lestrange

Publié le 06/06/2023 • Mis à jour le 05/07/2023 •

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5 min.

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Chaque année, 10 000 nouveaux livres pour enfants sont édités et viennent s’ajouter aux milliers d’ouvrages jeunesse déjà existants. Avec autant de trésors à disposition, comment être sûr de faire le bon choix pour son enfant ? Suffit-il de se laisser guider par son instinct de lecteur ou devrait-on plutôt se munir d’une carte pour éviter de se perdre dans cette caverne d’Ali Baba littéraire ?

Avez-vous déjà éprouvé ce terrible pincement au cœur en voyant votre enfant bouder ce livre qui avait tant marqué votre enfance et que vous aviez déniché spécialement pour lui dans votre librairie préférée ? Comment ? Il ne s’est pas passionné outre mesure pour les merveilleux dessins de Satome Ichikawa et les aventures dans les étoiles de la petite Nora, sa poupée Maggie et son chien Pouh ? Il a détourné le regard et vous a tendu pour la centième fois son imagier musical sur les animaux de la savane, que vous avez attrapé en maudissant la personne qui l’avait offert à votre fils ? Kidologie vous donne l’explication de cette attitude parfaitement incompréhensible.

Tous les experts et professionnels de la petite enfance s’accordent à dire que la lecture est fondamentale pour le développement d’un enfant. De quoi nous inciter, nous parents et adultes, à nous surpasser en ne présentant aux enfants que des livres que nous trouvons formidables… Le problème, c’est qu’ils sont parfois inadaptés à leur âge ou à leur développement.

Du dessin aux mots : quand l'image complète l’histoire

Comme nous l’évoquions déjà dans cet article, quand les enfants sont jeunes, c’est souvent d’abord le dessin qui prime. Une étude menée par Zhihui Fang, de l’université de Purdue, confirme que les images stimulent et favorisent l'intérêt des enfants pour les livres, car elles les motivent à prédire ce qui va se passer ensuite ou à trouver des objets dans la page. Fang note que les images, en tant que “symboles de premier ordre”, présentent des expériences familières auxquelles les enfants sont susceptibles de s'identifier plus facilement ; alors que les mots, en tant que “symboles de second ordre”, ajoute-t-il, sont abstraits et ne montrent pas d’expérience.

Un enfant peut utiliser les images pour comprendre des mots inconnus dans le texte car la scène de l'image lui est familière, mais il ne peut pas s’appuyer sur le texte pour compléter sa compréhension de l’image. C’est peut-être pour cela que les enfants ont des “compétences en lecture d’images” – pour reprendre l’expression de l'autrice et critique littéraire Sophie Van der Linden – extrêmement développées. Les images réduisent la complexité du texte écrit, tout en aidant à développer l'intrigue et les personnages.

"D’accord, mais pourquoi mon fils n’a-t-il pas montré plus d’intérêt pour ma proposition d’album illustré ? Les images étaient quand même plus belles que celles de l’imagier des engins !"

Une autre étude, publiée en octobre 2002, a montré que, pour les enfants âgés de trois à cinq ans, les illustrations vives, colorées et réalistes représentant des animaux ou des moyens de locomotion par exemple, restent préférées par rapport aux histoires présentant des couleurs trop sombres, trop pastel ou un trop grand nombre de pages. Ce n’est qu’en grandissant et en comprenant la signification des signes – ou lettres – que les enfants vont s’orienter vers des ouvrages plus “abstraits” ou plus conformes à des critères esthétiques d’adulte.

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Faire confiance à son instinct… et aux experts

Alors un choix éclairé est-il possible ? Ne peut-on pas faire confiance à son instinct ? Si bien sûr, mais en respectant quelques principes ! Nous autres, adultes, représentons un facteur de complication dans le choix d’un ouvrage, car nous n’évaluons pas les livres de la même manière que nos enfants. Comme dirait Antoine de Saint-Exupéry, si nous avons tous été des enfants, peu d'entre nous s’en souviennent véritablement. Ainsi, une étude de 2017 menée par l’Université d’Ohio montre que certains parents sont plus enclins à sélectionner un livre ayant reçu une récompense ou qui les a personnellement marqués – comme moi avec La Vraie Place des étoiles – qu’un livre adapté à l’âge ou l’intérêt de l’enfant.

Heureusement, il y a la possibilité de se faire guider par des experts : la ligue de l’enseignement d'Indre-et-Loire, par exemple, organise chaque année depuis 1971 la Quinzaine du livre jeunesse. Sur les 10 000 ouvrages édités chaque année en France, cinq comités de lecture – enfants, adolescents, jeunes adultes, bandes dessinées et théâtre – ont sélectionné 342 ouvrages, dans plusieurs tranches d’âge, pour nous aider à faire notre choix dans cette multitude. Les libraires, bibliothécaires, enseignant‧e‧s et spécialistes de la littérature jeunesse sont aussi de très bon conseil.

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Laisser les enfants choisir

Et puis n’oublions pas le plus important : selon des études remontant au moins aux années 1950, les enfants sont plus susceptibles de développer un intérêt pour la lecture lorsqu'ils choisissent leurs propres livres. Dans le monde de l'éducation, ce comportement est appelé "auto-sélection".

Un exemple précis : toutes les deux semaines, mon fils de trois ans et demi rapporte deux livres qu’il a sélectionnés lui-même à la petite bibliothèque de son école. J’ai remarqué que ces ouvrages tenaient une place spéciale dans son cœur de lecteur ; de quoi vexer mon âme de libraire amateur. En vérité, comme 88 % des enfants, mon fils sera plus susceptible de finir un livre qu’il a choisi lui-même ; et il y a fort à parier que plus tard, il fera partie des 89 % des enfants disant que leurs livres préférés sont ceux qu’ils ont choisis. N’hésitez donc pas à les faire venir avec vous la prochaine fois que vous irez en librairie ou à la bibliothèque !

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